Les images que j’aime

Pour me présenter, en tant que photographe, je ne saurais dire ce que je suis, mais je peux dire ce que j’aime et quelles sont les images qui me font vibrer et m’influencent.

Je ne suis pas un spécialiste d’art.
Loin de là, mais un amateur oui, au sens premier du terme.
Face à une œuvre je me laisse envahir par une foule de sentiments.
Ce sont parfois ces mêmes sentiments, impressions, que je retrouve, comme des flashes, face aux scènes de la vie courante et que j’essaie, avec mes moyens, de transmettre…

Je vais ici dire, avec des exemples, ce à quoi je suis le plus sensible.

Je pourrais chercher les exemples parmi les maîtres de la photographie, mais je vais surtout le faire parmi les maîtres de peinture.

Beauté de la géométrie.

Avant même de voir les détails d’une image, avant même d’en saisir le sens, c’est la géométrie, l’équilibre « des masses » qui nous donne la première impression.
La géométrie agit sur nous à un niveau inconscient que je ne saurais expliquer pour transmettre des sentiments de calme, de chaos, de dynamisme…

C’est pourquoi, même sur un portrait, on prend toujours grand soin de la position du sujet par rapport à son entourage et à l’arrière plan.

Comme exemple de dynamisme apporté par la géométrie, regardez cette magnifique image de Cartier Bresson (Aquila degli Abruzzi).
Cartier Bresson - Aquila degli Abruzzi

La succession interminable de diagonales donne toute sa force à cette image.
Essayez de compter tous les éléments qui donnent des lignes diagonales. Puis faites de même avec les horizontales.
On ne finit jamais de trouver de nouveaux éléments!
La main courante, les marches, le bord du chemin, les files de personnages, les éléments architecturaux…

Au contraire, dans l’exemple suivant , ma toute première impression, avant même d’avoir regardé de près les détails, est un sentiment de paix, d’harmonie…

C’est une fresque de Fra Angelico au Couvent de San Marco à Florence.

Fra Angelico-Annonciation

J’admire cette symétrie parfaite. Tous les éléments sont équilibrés.
L’image de l’ange est équilibré par l’image de Marie, et le moine sur la gauche est équilibré par l’ombre de Marie.
La différence de hauteur entre Marie et l’ange est compensée par la porte qui est derrière Marie.
Le bord du portique introduit une ligne diagonale elle même contrebalancée par le tabouret aux pieds de Marie
Mais ce que j’admire encore plus sur cette fresque c’est la manière dont les personnages sont en harmonie avec le décor. Même les deux ailes de l’ange semblent poursuivre la courbure des voûtes.

Equilibrer les masses et insérer harmonieusement les sujets dans le décor c’est un but constant dans mes photos.

Le détail qui dit tout

Pour faire passer la véracité d’une émotion, souvent ce sont les petits détails qui comptent, comme par exemple la direction d’un regard ou un éclat de lumière dans l’oeil…

Regardez ce détail d’un tableau de Goya (Cupidon et Psyché , musé d’art catalan à Barcelone)
Regardez la main…

Goya - Allegorie de l Amor, Cupidon et Psique

Sans avoir vu l’ensemble du tableau ni à qui cette main appartient, on peut tout dire sur les sentiments de ce deuxième personnage par rapport à la jeune femme!
On sent l’amour, la tendresse, la douceur, la sensualité. On dirait qu’il va toucher quelque chose d’extrêmement fragile.
En passant il est intéressant de remarquer qu’une bonne partie de ce tableau (enfin, de ce fragment) est très floue, à peine esquissée. Seules les parties essentielles à la lecture sont nettes: les yeux, la bouche et le nez, la boucle de la ceinture qui nous donne une idée du statut de cette dame, et évidemment, la main. Le reste: le cou, les cheveux, la veste manquent de détails.

En photographie, avec moins de liberté, on utilise la même technique, c’est à dire le flou, pour concentrer l’attention sur les parties plus importantes de l’image.

La simplicité essentielle : « tout ce qui n’est pas indispensable, dérange ».

Cette phrase « tout ce qui n’est pas indispensable, dérange », est d’un photographe napolitain que j’admire beaucoup: Mimmo Jodice.

Il faut tacher d’éliminer de l’image tout détail qui n’est pas indispensable à la compréhension de ce qu’on veut transmettre. Chaque détail superflu risque de détourner l’attention et de diminuer la force de l’image.
Ceci est valable pour tout, même pour la couleur!
C’est l’ une des raisons pour laquelle les portraits en noir et blanc ont plus de force…

Voici comme exemple d’un tableau que j’adore. Le « chien à moitié enseveli » de Goya.
La première fois que je l’ai vu j’étais enfant. Il m’avait fait une très forte impression, d’angoisse.

”Goya

On peut difficilement faire plus simple.
Une ligne qui sépare le ciel et la terre et la tête d’un chien qui tente de se libérer.
La portion de ciel est complètement disproportionnée par rapport à la terre.
Cela augmente la sensation d’écrasement du chien. La pauvre bête est comme au fond d’un puits, son esprit est tourné de toutes ses forces vers le ciel qu’il voit immense et inaccessible
La direction du regard du chien c’est le détail qui fait toute la différence…

Le portrait qui parle

En photographie, la portrait est le genre que je préfère.
Je suis fasciné par le réalisme psychologique de certains portraits.

Regardez ce portrait peint par Frans Hals.

”Frans

Concentrez-vous sur son visage, longtemps, sans baisser les yeux.
On finit par le connaître. Un homme doux, souriant mais avec un fond de mélancolie. On ressent plein d’autres choses à son égard, mais c’est à chacun de faire sa connaissance à sa manière.

Si vous voulez un autre exemple, cherchez les différents autoportraits que Rembrandt a fait tout le long au sa vie. Vous pourrez y lire sa fierté juvénile, sa période d’or et sa décadence…

C’est le ressenti qui compte

Certains photographes, comme certains peintres, sont très attachées à la perfection formelle et technique et ne jugent une photo que par son « piqué » ou par la froide application de la fameuse « règle des tiers ».
Personnellement je suis sensible essentiellement à l’émotion transmise. Ces règles sont certes un moyen efficace, un outil, mais pas une fin en soi.

Voici un excellent exemple d’une émotion forte transmise par une image complètement flue.
C’est un bateau pris par une terrible tempête (William Turner -Tempête de neige) .

”William

Humour

La liste des choses qui me touchent les plus sur une image ne serait pas exhaustive (d’ailleurs elle ne le sera pas) sans citer l’humour.
C’est un peu comme la beauté, certaines personnes sont plus aptes que d’autres à trouver les détails drôles…

Regardez cette image de Doisneau ( Le regard oblique). Suivez les regards…
”Doiseneu

2 réponses à Les images que j’aime

  1. Louis dit :

    Ah Bresson…
    il n’y a d’ailleurs pas que la géométrie qui faitde cette photo un chef d’oeuvre (même si c’est une grande caractéristiquie de bresson et qui le différencie de Doisneau) : La composition de l’image est géniale, les personnages se démarquent tous (habits blancs sur fond noir, et inverssement). La lecture est guidée par les éléments de géométrie, et permet de sortir de la diagonale classique de lecture. On zigzague dans toutes les parties de l’image sans se sentir perdu. Et quelle est la partie qui attire le plus votre attention: la poule ? les enfants ? les petits pains, le groupe de gens du fond ? impossible de le dire, cela dépend de la sensibilité de chacun, et du moment ou on regarde l’image.
    Cartier Bresson, pour arriver à cela etait capable de rester en équilibre sur un tabouret un temps infini, jusqu’à ce que « qq chose se passe » dans l’objectif ou que la lumière soit au rdv. Un grand maître.

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